Une douleur me réveillai. J’étais incapable de dire combien de temps s’était écoulé. Chaque millimètre carré de ma peau me faisait souffrir. Quelqu’un me portait sur son épaule. Un regard autour de nous m’informa que nous avancions dans une petite ruelle déserte… Je sus tout à coup qui me portait.
« Luisa ? »
Même à moi ma voix me parut terriblement faible.
« Chut. Ne parle pas, garde tes forces. Attends, je vais te déposer sur ces marches puisque tu es réveillé. »
C’était bien elle. À la lueur de la lune, je la détaillai. Elle avait les cheveux emmêlés. Sa jambe gauche boitait légèrement, ce qui supposait qu’elle était blessée. Une coupure sur sa joue témoignait qu’elle s’était battue elle aussi.
« Pourquoi es-tu blessée ? »
« Tu ne t’es pas vu toi ! Si je n’étais pas arrivé à temps… »
« Je t’avais dit de remonter… Mais j’avoue que je suis heureux que tu m’aies désobéi. Mais que t’est-il arrivé ? »
« Deux sorciers me sont tombés dessus quand je suis sorti. J’ai eu du mal à m’en défaire, bien qu’ils aient été aussi surpris que moi… Quand j’en ai eu fini avec eux, j’ai entendu une terrible déflagration. Je ne pouvais pas te laisser sans rien faire. »
« Mmm… C’est gentil à toi, mais ç’aurait pu être une erreur. En tout cas bravo, tu es très douée pour t’en être tirée. »
Je tendis ma main gauche pour la poser sur le bras de la jeune femme, mais cela me tira un cri de douleur.
« Ne bouge pas cette main ! Je ne sais pas ce qui t’a fait ça, mais je n’ai pas réussi à conjurer le maléfice. Eda saura sûrement… »
Nous fîmes notre retour au repaire de la vieille femme peu de temps après, tels des éclopés. Celle-ci eut un murmure rauque quand elle nous vit arriver, grommelant dans sa barbe un « … auriez pu vous faire tuer… »
Elle fit une potion qui annula les effets pervers du maléfice qui frappait ma main. Mais il subsista toujours depuis ce moment-là une cicatrice blanchâtre qui courait sur le dos de ma main gauche, tel un rappel à la prudence. Je restai juste le temps de guérir et reprendre des forces, puis me remis en route. Je revis par deux fois Eda et Luisa depuis ce moment-là, mais aucune de mes visites ne fut aussi tourmentée que celle-ci. Après cela, mes pas m’amenèrent en Australie, mais cela est une autre histoire…